“Priorite à la croissance” c’est ce qu’on m’a toujours appris.

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La croissance de l’économie est la priorité de la plupart des gouvernements. Elle est considérée comme le moyen d’accroître le bien-être de la population, et comme une condition pour assurer le bien commun. Elle est perçue comme profitant à tous, et l’idée sous-jacente clé est que plus de croissance est toujours bénéfique.

Mais est-il toujours mieux d’en avoir plus ? Herman Daly, économiste écologique, affirme que ce n’est peut-être pas le cas, car l’économie ne se développe pas dans le vide. Pour se développer, l’économie perturbe et dégrade l’environnement naturel dont dépend notre vie (et celle des autres espèces). Le fait que la croissance économique soit la priorité de la plupart des gouvernements est problématique car, en raison de cette priorité, la durabilité environnementale — qui pourrait imposer des limites à l’économie — est mise en danger.

Dans cet article, j’explique le rôle du cadre analytique de l’économie classique dans la perpétuation de cette priorité. Ce cadre analytique, qui inspire la plupart des décisions politiques ayant un impact sur notre vie quotidienne, n’est toutefois pas le cadre dominant par hasard.

A qui profite l’histoire de la croissance économique ? Qui répète cette histoire encore et encore, à tel point que la plupart des gens considèrent qu’une économie en croissance est le seul moyen pour une société de prospérer ?

Thwink soutient que les grandes entreprises sont les principales bénéficiaires de la croissance économique, et qu’elles ont donc intérêt à en faire la principale priorité du gouvernement. Comme expliqué ici, le système économique actuel profite — à dessein — aux entreprises qui se développent. Ainsi, favoriser la croissance économique est le choix le plus rationnel pour les entreprises qui souhaitent prospérer dans un tel système.

L’un des moyens de prospérer est de convaincre les politiciens de donner la priorité à la croissance économique. Et cela fonctionne : le produit intérieur brut (PIB, que nous utilisons pour mesurer la croissance économique) est utilisé dans la plupart des pays comme indicateur de réussite ou de progrès.

Les histoires (et les indicateurs) déterminent ce que nous voyons, elles façonnent notre réalité, y compris celle des hommes et femmes politiques. Je ne dispose pas de données pour l’affirmer, mais d’après mon expérience personnelle (prenez-la pour ce qu’elle vaut), je suis profondément convaincue que la plupart des politicien.ne.s qui privilégient la croissance économique au détriment de la durabilité environnementale ne sont pas de mauvaise foi. L’économie n’est peut-être pas leur principale compétence, et ils/elles suivent peut-être les conseils des économistes, ce qui est très raisonnable. Mais la plupart des économistes sont formés à un cadre analytique qui les aveugle et les empêche de remettre en question la croissance économique, et c’est ainsi que l’histoire se perpétue, encore et encore. Il ne s’agit pas non plus de mauvaise foi de la part des économistes. Comme l’affirme Daniel Schmachtenberger dans ce podcast, des discours de bonne foi qui peuvent être erronés.

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Vous vous demandez peut-être à ce stade pourquoi j’oppose croissance économique et durabilité environnementale. Sont-elles vraiment incompatibles ? Les grandes entreprises sont actuellement autorisées à externaliser (c’est-à-dire à ne pas payer) les coûts environnementaux, mais si ce n’était plus le cas ? Si les lois changeaient et que les entreprises devaient internaliser les coûts environnementaux, la croissance économique serait-elle toujours problématique ?

J’ai soutenu, pendant des années, que la croissance économique pouvait être rendue compatible avec la durabilité environnementale si on faisait cela. J’explique dans cet article ce qui m’a fait changer d’avis et ce que nous pouvons faire pour internaliser les coûts environnementaux et sociaux.

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