Qu’est-ce qu’un “nouveau” système ?

This article is also available in English.

Un système est nouveau lorsque — par structure — il aboutit à des résultats différents de ceux du système précédent. Un système est un ensemble d’éléments dont les interconnexions déterminent sa structure et son comportement. Les éléments sont des choses, des personnes, des usines, des vélos. Des choses physiques. Les interconnexions sont la façon dont les éléments sont organisés : règles, incitations, sanctions, informations. Souvent abstraites, invisibles.

Pour savoir si une initiative peut conduire à un changement systémique, vous pouvez vous demander si les efforts de cette initiative visent des éléments du système ou les interactions entre ces éléments (c’est-à-dire la structure du système). Ceci est le message clef de cet article : le potentiel de changement — dans les systèmes complexes — se trouve dans les interactions et non pas dans les éléments du système. Voici un exemple pour illustrer ceci.

Imaginez que vous souhaitez contribuer à l’amélioration de la qualité de l’air dans votre ville, et que vous savez que la circulation automobile est la principale source de pollution. Le système qui est responsable des résultats que vous souhaitez changer est donc avant tout le système de transport. Quelles politiques pourriez-vous demander à la Mairie de mettre en place ?

Si l’on simplifie, les éléments du système de transport sont les voitures, les personnes, les vélos, les transports publics et l’infrastructure des rues (routes, feux, etc.). Les interactions entre ces éléments incluent la manière dont l’espace public est utilisé (par exemple, l’espace alloué à l’utilisation de la voiture par rapport aux autres modes de transport), la fréquence d’arrivée des bus, etc.

Une façon de réduire la pollution de l’air pourrait être de remplacer les voitures à combustion par des voitures électriques, et une politique à cet effet pourrait consister à accorder une subvention pour en encourager l’achat. Si cette politique a du succès, nous aurons changé l’un des éléments du système, et ce changement réduira probablement la pollution de l’air.

Un système de transport qui produit de la pollution atmosphérique est toutefois susceptible de produire également d’autres résultats non désirés tels que la congestion, le bruit et l’insécurité routière (la production des voitures électriques produit aussi de la pollution tout au long sa chaîne de valeur). Comme nous n’avons pas modifié la structure du système, nous obtiendrons probablement encore ces résultats. Le système est donc pas “nouveau”. En effet, une ville avec des voitures électriques ressemble beaucoup à une ville avec des voitures à combustion.

À Paris, seulement une personne sur huit se déplace en voiture, et cette personne — plus précisément sa voiture — occupe la moitié de l’espace public (Source). Au lieu de se concentrer sur le changement des types de voitures, que se passerait-il si l’on ciblait les interactions, la structure du système ? Par exemple, que se passerait-il si nous demandions à la Mairie de réduire l’espace dédié à la circulation routière et, par exemple, piétonniser des rues ? Et/ou d’augmenter la fréquence des transports en commun, ou prolonger leur horaire de service ?

Contrairement à l’image ci-dessus, la ville de l’illustration ci-en bas est une nouvelle ville, un nouveau système. Les éléments sont restés les mêmes, mais la manière dont ils sont organisés a changé. Et donc le système a changé.

La vie quotidienne dans cette ville, elle aussi, n’est probablement plus la même.

Prêt.e à en savoir plus ? Rejoignez-nous

Auteure : Mariana MIRABILE